Quand j'ai connu la vérité, J'ai cru que c'était une amie ; Quand je l'ai comprise et sentie, J'en étais déjà dégoûté.
Première réunion syndicale de l'année. Laissons de côté les discussions sur la situation générale de l'Education nationale, pour nous concentrer sur les problèmes locaux évoqués dans les dix dernières minutes :
-Certains cours se tiennent dans des préfabriqués posés depuis dix ans dans la cour de l'établissement ; la porte de l'une de ces salles de classe précaires a été arrachée et repose comme un vestige archéologique contre le mur du fond ; le problème a été signalé il y a cinq mois mais il perdure, car l'huisserie est d'un modèle ancien quasiment introuvable aujourd'hui. Une rénovation matérielle complète de l'établissement figure paraît-il au nombre des projets du Conseil régional, mais certains collègues âgés observent que c'était déjà le cas il y a quinze ans.
-Il n'y a plus de lumière dans aucune des trois cabines des toilettes des professeurs. J'ai signalé ce problème le lendemain de la rentrée. J'ai appris aujourd'hui pourquoi ce signalement n'a eu aucune conséquence : nous n'avons plus d'ampoule, et il semble assez compliqué d'en racheter de nouvelles. J'ignore si le problème se situe à l'intendance, à l'agence comptable ou dans les services techniques. En attendant on pisse dans le noir. Une collègue voit des avantages à cette situation, car elle oblige les hommes à s'asseoir. Soupçonnant la salope d'avoir elle-même saboté nos lampes je résous de l'entraîner à la première occasion dans l'un des lieux obscurs.
-Beaucoup de nos nombreux ordinateurs sont en panne, ou infectés, ou déconnectés d'Internet, etc. Nous avons au lycée, depuis plusieurs mois, un agent dont la tâche quasiment unique consiste à assurer la maintenance de ce matériel -appelons-le François. Mais après s'être manifesté dans les semaines qui ont suivi son recrutement par quelques bizarreries comme des irruptions inopinées dans nos cours, cette personne s'avère totalement incompétente. Nous découvrons alors avec étonnement que l'emploi qu'elle occupe est protégé, c'est à dire qu'il est prioritairement destiné à des personnes souffrant d'un handicap physique ou psychologique. La situation présente est bloquée : en effet le chef de travaux, supérieur hiérarchique direct de François, se refuse pour motif humanitaire à demander son remplacement. Le précédent titulaire de l'emploi protégé s'est suicidé l'année dernière en se jetant de son bureau du quatrième étage.
-Au fond d'une de mes salles de classe, une grande armoire fermée au cadenas. Le meuble n'a pas été ouvert depuis trois ans au moins. Celui ou celle qui l'a fermé a disparu en emportant la clé. J'ai demandé qu'on cisaille le cadenas pour disposer d'un espace de rangement et, le cas échéant, récupérer le contenu du meuble. C'était il y a dix-huit mois.