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20 mai 2012 7 20 /05 /mai /2012 16:00

Je suis à Béthune et je feuillette une revue immobilière. Celle-ci souligne la différence entre "Lens, la minière" et "Béthune, la bourgeoise". Lens porte encore les traces de son passé laborieux et même l'implantation d'une annexe du Louvre ne suffira pas à changer son image. Béthune en revanche cultive sa réputation de belle cité accueillante aux CSP+ ; elle attire désormais les Lillois qui, à quarante minutes à peine de chez eux par le rail ou la route, peuvent trouver de grands logements à des prix raisonnables, du calme, et (l'article ne le dit pas, mais c'est un fait bien connu) un isolat démographique demeuré réfractaire à l'expansion de la diversité. En lisant cette analyse, j'ai enfin compris pourquoi la municipalité s'investit à ce point dans l'art contemporain sous toutes ses formes, et subventionne plasticiens, performers et chorégraphes : il s'agit d'adresser un signal amical à ceux qui hésitent encore à placer leurs sous dans la pierre béthunoise, à leur signifier qu'ils ne doivent plus tarder à venir s'installer en Artois ; en guise de pain et de sel, on offre à ces riches les spectacles dont on s'imagine qu'ils leur sont agréables. La présence de "l'art" est signe de reconnaissance et de désir. -Les autochtones, qui financent toutes ces activités, ne les boudent pas toujours. La bourgeoisie locale, les fonctionnaires de catégorie A apprécient ces divertissements et se félicitent, j'imagine, du dynamisme de leur ville -moi-même, touriste parisien de passage, j'ai passé d'excellents moments grâce à ce microclimat culturel. Les autres Béthunois, quand ils tombent sur un happening en traversant la grand' place, s'arrêtent et jettent un coup d'oeil curieux. C'était le cas le week-end dernier avec Z'arts up, festival des "Arts dans l'espace public sous toute ses formes" (ainsi que le présente son programme avec une belle liberté grammaticale). 

 

Ci-dessous, images tirées du spectacle "Seasaw", de la troupe anglaise Tilted productions :

 

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Ci-dessous, spectateurs de Smashed, par la troupe (elle aussi) anglaise Gandini Juggling

 

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Published by Ali Devine
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commentaires

kobus van cleef 03/09/2012 18:17


mais il n'y a pas qu'à amiens !


le spectacle se généralise , se diffuse


 


tenez , marseille , hein, marseille , c'est y pas meugnon, ça , marseille ?

Ali Devine 04/09/2012 17:37



Ne confondons pas tout, à Marseille ils ne font pas dans le spectacle de rue mais plutôt dans la pyrotechnie perforative.



kobus van cleef 02/09/2012 18:46


le malheureux gamin , sur la 7ème photo à partir du haut , a une tête de déterminisme social


on s'est compris....


le barbichu sur la dernière photo a , lui aussi, une tête de déterminisme social


pas le même


j'ai vécu , étant gosse , à valencienne , de 62 à 69 ( je vous parle d'un siècle antérieur , hu hu )


j'y suis retourné voir , il y a 4 ou 5 ans, profittant de ce que ma fille faisait ses études à lille


ça avait un peu changé , voyez


mais bon, y avait pas de spectacle de rue


du moins pas à ce moment

Ali Devine 03/09/2012 01:03



Je me suis laissé dire qu'il y a en ce moment à Amiens-Nord des spectacles de rue tout à fait choupis.



D'Enguell 25/05/2012 14:13


". C'est un peu l'exception qui confirme la règle, le spectacle qui parvient à drainer à la fois le prolétariat local (première photo) et les belles personnes venues en TGV (dernière photo)."


Cher Devine, Les belles personnes en TGV que vous mentionnez sont des prototypes, avec ce regard acéré du sélectionneur que la culture subventionnée donne aux prescripteurs reconnus de spectacles
culturels français, et qui le place à l'écart du peuple qu'il gave.


Ce regard que partagent d'ailleurs de fortunés collectionneurs devant des tableaux mis à prix de PIB africains. A tout prendre, je préfère largement le regard curieux et un peu vide du badaud
incomprenant.

Lucette 23/05/2012 10:42


Est-ce que vous en avez profité pour aller voir les logement sociaux de Beuvry ? Comment attirer des familles dans une ville sans piscine, sans crèche, qui n'a presque plus de commerce, des rues
sales,.... Si vous êtes passé par Beuvry, en avez-cous profité pour contaster par vous même le dégoût des Beuvrygeois qui ont voté massivement pour le FN ?

Ali Devine 24/05/2012 08:54



Chère Lucette,


Vous devriez demander un emploi à l'Office de tourisme de la ville !


 



Suzanne 22/05/2012 09:36


On devine ce que diraient les spectateurs que vous avez photographiés.


J'ai lu le billet précédent, "le zboub", et soupiré. J'ai toujours l'impression d'être dans le conte "le roi est nu", sauf que personne n'ose le dire tout haut. Jamais l'art n'a été autant
subventionné, jamais il n'a été aussi peu art, aussi minable.

Ali Devine 24/05/2012 08:49



Chère Suzanne,


Ce dimanche, j'entre en voiture dans la commune de Limours. Je remarque sur le dernier rond-point avant les maisons une sculpture moche représentant "l'aérotrain de Jean Bertin". Elle est
l'oeuvre de Saulterre, dont j'avais déjà vu, en allant à Chartres, un autre monument consacré aux "flèches des cathédrales". L'homme se définit, sur son site Internet, comme un "forgeur d'espace"
; il y met également un ligne un formulaire destiné aux collectivités locales intéressées par un achat, où il leur demande si elle souhaite installer la chose a) sur un giratoire b) dans l'entrée
de vos bureaux c) comme Signal symbolique ? -Mais à Limours, il y a également l'église orthodoxe de la communauté roumaine d'Île-de-France. C'est là que je me rendais, c'est là que j'ai vu la
vraie Beauté.


Concernant les spectateurs pris en photo, je crois qu'ils appréciaient plutôt ce qu'ils voyaient : la troupe Gandini juggling donnait un numéro de jonglage très visuel, virtuose, drôle, sans
prétention et parfaitement exécuté. C'est un peu l'exception qui confirme la règle, le spectacle qui parvient à drainer à la fois le prolétariat local (première photo) et les belles personnes
venues en TGV (dernière photo).