Quand j'ai connu la vérité, J'ai cru que c'était une amie ; Quand je l'ai comprise et sentie, J'en étais déjà dégoûté.
Je suis à Béthune et je feuillette une revue immobilière. Celle-ci souligne la différence entre "Lens, la minière" et "Béthune, la bourgeoise". Lens porte encore les traces de son passé laborieux et même l'implantation d'une annexe du Louvre ne suffira pas à changer son image. Béthune en revanche cultive sa réputation de belle cité accueillante aux CSP+ ; elle attire désormais les Lillois qui, à quarante minutes à peine de chez eux par le rail ou la route, peuvent trouver de grands logements à des prix raisonnables, du calme, et (l'article ne le dit pas, mais c'est un fait bien connu) un isolat démographique demeuré réfractaire à l'expansion de la diversité. En lisant cette analyse, j'ai enfin compris pourquoi la municipalité s'investit à ce point dans l'art contemporain sous toutes ses formes, et subventionne plasticiens, performers et chorégraphes : il s'agit d'adresser un signal amical à ceux qui hésitent encore à placer leurs sous dans la pierre béthunoise, à leur signifier qu'ils ne doivent plus tarder à venir s'installer en Artois ; en guise de pain et de sel, on offre à ces riches les spectacles dont on s'imagine qu'ils leur sont agréables. La présence de "l'art" est signe de reconnaissance et de désir. -Les autochtones, qui financent toutes ces activités, ne les boudent pas toujours. La bourgeoisie locale, les fonctionnaires de catégorie A apprécient ces divertissements et se félicitent, j'imagine, du dynamisme de leur ville -moi-même, touriste parisien de passage, j'ai passé d'excellents moments grâce à ce microclimat culturel. Les autres Béthunois, quand ils tombent sur un happening en traversant la grand' place, s'arrêtent et jettent un coup d'oeil curieux. C'était le cas le week-end dernier avec Z'arts up, festival des "Arts dans l'espace public sous toute ses formes" (ainsi que le présente son programme avec une belle liberté grammaticale).
Ci-dessous, images tirées du spectacle "Seasaw", de la troupe anglaise Tilted productions :
Ci-dessous, spectateurs de Smashed, par la troupe (elle aussi) anglaise Gandini Juggling :