Quand j'ai connu la vérité, J'ai cru que c'était une amie ; Quand je l'ai comprise et sentie, J'en étais déjà dégoûté.
Au printemps, un coup de marteau sur la vitre protégeant l'oeuvre offre une publicité inespérée au Piss Christ, à l'artiste Andres Serrano et à son galeriste français Yvon Lambert.
Interviewé par Paris Match dans son édition du 2 mai 2011, l'artiste nous en dit plus sur ses intentions et sur lui-même. On lit notamment :
Comprenez-vous que “Piss Christ” puisse choquer ?
Oui et non. (...) Ceux qui critiquent “Piss Christ” en ont simplement entendu parler en des termes qui ne donnent pas envie d’y adhérer. Il faut faire l’effort de comprendre l’artiste. Récemment j’ai été invité par la Yale Divinity School. Mes interlocuteurs étaient religieux et tous trouvaient l’œuvre très belle.
Avez-vous songé à vous excuser ?
Pas le moins du monde.
Mais, quand vous avez créé “Piss Christ”, vous vous doutiez bien qu’il choquerait…
Absolument pas. (...) Je suis un artiste religieux et je le revendique. (...) à New York, dans mon loft, je vis au milieu de meubles religieux.
C’est vrai, chez vous on se croirait dans une cathédrale…
Il y a vingt ans, je suis devenu collectionneur. Je n’achète que des pièces françaises, espagnoles, italiennes et anglaises. Il y a un mois, j’ai déniché chez Christie’s une très belle madone italienne du XIVe siècle. Les murs de mon salon sont tapissés de pierre de taille en calcaire que j’ai fait venir de Jérusalem. J’ai au-dessus de mon canapé un immense crucifix français, à côté duquel trônent une chaise d’évêque anglaise du XVIIe siècle et une statue de Christ du XVe siècle qui vient d’Avignon. Même mon chien dalmatien s’appelle Luther !
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Dans Libération du 16 juillet, les chroniqueurs Gérard Lefort et Mathieu Lindon consacraient à Jésus et à ses apôtres un article intitulé "Tous en Cène". Annoncé en première page du quotidien et rangé dans sa rubrique culturelle, ce texte à tonalité humoristique contenait par exemple le passage suivant :
La vie, certes, n’a pas toujours été facile pour Jésus. Les tentations se sont abattues sur lui par centaines, souvent suscitées par sa bande. «Vous vous rappelez le soir où Jean-Baptiste a déboulé avec ses treize putes topless ? Et le jour où Pierre a voulu qu’on multiplie son gramme de coke ? Et quand Luc a voulu qu’on se prenne tous les auto-stoppeurs en short bavarois moulant ?» Et le soir de la Cène ? Tout le monde était peinard et l’autre, comme d’hab, casse l’ambiance pour foutre sa merde. On s’amusait, on racontait des blagues, et voilà qu’à juste bouffer du pain et boire du vin, on part dans des délires d’acide, comme quoi son sang, son corps, il n’y en a encore que pour lui. Que celui qui n’a jamais été agacé par ce genre de rabat-joie jette la première miche à Judas.
Une chronologie jointe en annexe commençait ainsi :
0. Alors que ce chiffre n’existait même pas, on l’invente pour mieux fêter l’anniversaire de la personne à qui, de l’avis général, ce mot «zéro» semblait convenir le mieux.
12. Il a 12 ans. Il est encore puceau et il adore se promener dans la campagne, gambadant nu au milieu des gazelles et des ruisseaux du désert.
14. Il se fait choper au Shopi en bas de chez lui en train de voler des Ray-Ban. Ses parents étouffent l’affaire à grands frais.
Etc, etc (Elèves de sixième qui lisez ces lignes, rappelez-vous ce que vous a enseigné votre professeur d'histoire-géographie : dans aucune chronologie il n'existe d'année zéro ; l'année choisie comme origine d'une nouvelle ère est toujours désignée par le numéro 1.)
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Dans le Courrier international du 15 septembre, page 61, une publicité (image cliquable) :
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Du 8 au 17 décembre, au théâtre du Rond-Point, Golgota picnic, pièce écrite et mise en scène par l'Espagnol Rodrigo Garcia.
Présentation de la pièce sur le site du théâtre :
Partout sur le sol, des hamburgers. Jésus est passé par là, il a multiplié les pains. Le Christ, qu’on appelle ici « el puto diablo », finira par voir sa plaie ultime de crucifié remplie de billets de banque. Plasticien, orchestrateur d’images chocs et de tableaux vivants aux provocations assumées, Rodrigo García interroge le monde et ses modèles, bouscule le cours de l’Histoire et de ses mythes. Toutes mesures dépassées, il fait du Messie et de ses acolytes une proie idéale. Machine de guerre lancée contre un monde d’hyperconsommation bovine, Golgota picnic met en scène une crucifixion tragique et trash. L’artiste démontre avec toutes ses armes que l’iconographie chrétienne est pour lui l’image même de la « terreur et de la barbarie ».
Dans cette épopée drôle, décalée, débordante, Jésus devient la cible, lui qui « multiplia la nourriture pour le peuple au lieu de travailler avec lui ». (...) Rodrigo García et sa bande de fous furieux espagnols déchiffrent les évangiles à la machette. Ils font tomber des murs d’angoisses et de culpabilités héritées. Performeurs, danseurs, vociférateurs, anges chutés du ciel ou provocateurs enragés, ils s’attaquent aux peurs de deux mille ans de christianisme.
Dans le dossier de presse pourtant, le pianiste Marino Formenti, qui accompagne le spectacle, déclare innocemment :
Pour moi, c'est un texte extraordinaire, et tout à fait autre chose qu'un spetacle blasphématoire ! J'y vois une déclaration d'amour passionnée au Christ, par un homme qui n'est pas croyant au sens dogmatique. Cela peut-être perturbant pour certains catholiques que la figure du Christ soit interprétée avec une telle liberté, mais la provocation n'est aucunement le but premier !
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Vous vous souvenez de l'affaire des caricatures de Mahomet ? Le président de la République d'alors avait appelé chacun "au plus grand esprit de responsabilité, de respect et de mesure pour éviter tout ce qui peut blesser les convictions d'autrui". Le directeur de France Soir avait été limogé le lendemain de la publication dans son journal des dessins en question. Le groupe Carrefour avait, pour exprimer sa solidarité envers la communauté musulmane, cessé dans les pays où elle était majoritaire de commercialiser les produits d'origine danoise. Un député UMP, M. Jean-Marc Roubaud, avait déposé une proposition de loi "visant à interdire les propos et les actes injurieux contre toutes les religions."
Je suis chrétien. Et je suis favorable à une liberté d'expression presque illimitée. Il doit être permis de plonger un crucifix dans l'urine ou de faire sortir des billets de banque des plaies d'un Christ de théâtre. Mais je voudrais tout de même que ces artistes, ces intellectuels comprennent l'ampleur de leur veulerie. Où est la transgression dans l'insulte faite aux doux, dans la déférence muette aux violents ?