Quand j'ai connu la vérité, J'ai cru que c'était une amie ; Quand je l'ai comprise et sentie, J'en étais déjà dégoûté.
De mon proviseur. Le lundi 18 (jour de blocage).
Chers collègues,
Je vous informe que pour des raisons de sécurité l'établissement sera exceptionnellement fermé demain mardi 19 octobre toute la journée.
Cordialement.
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De mon proviseur. Le mardi 19.
Chers collègues,
Suite aux dégradations commises tout récemment, les conditions de sécurité n'étant pas encore rétablies, les cours demain mercredi 20 octobre sont suspendus toute la journée.
Sauf avis contraire les cours reprennent normalement jeudi 21 octobre.
Cordialement.
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De mon proviseur. Les cours n’avaient pu avoir lieu le jeudi 21.
Chers collègues,
Par mesure de sécurité les cours sont suspendus le vendredi 22 et samedi 23 octobre, la reprise des cours s'effectuera le jeudi 4 novembre.
Avec mes cordiales salutations et souhaits d'excellentes vacances.
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Voilà. Les bloqueurs ont gagné. Hormis le froid de novembre ils n’ont aucune raison de ne pas récidiver à la rentrée.
Je suis physiquement en pleine forme en raison de cette période de chômage forcé mais je ressens au contraire une sensation de grande lassitude intellectuelle, de confusion croissante. J’ai fait grève contre la loi Woerth, mais le bordel actuel me fait horreur. Sarkozy et son action ne m’inspirent que du mépris ; mais l’alternative représentée par la gauche Aubry-Joly (care et moraline) n’a, c’est bien le moins qu’on puisse en dire, rien d’exaltant. Je suis un républicain. Mais si je devais désigner deux personnages susceptibles d’incarner l’état actuel de la République, je citerais sans doute Youssouf Fofana et Jacques Attali –la base et le sommet, également pourris. Je suis un enseignant qui n’a pas pu faire une heure de cours dans les dix jours qui ont précédé le début des vacances de Toussaint, et je mentirais si je disais que j’en étais triste : en lisant les messages égrenés ci-dessus, je pensais « après tout, quelle importance ? »
Enfin je suis un patriote ; mais les motifs que j’ai d’aimer ce pays se situent désormais de façon quasi-exclusive dans un passé qui s’éloigne. Certes il ne faut pas dramatiser la situation où nous nous trouvons, ce ne sont que des grèves et des manifestations, assorties de quelques débordements, contre une loi injuste et mal faite. Mon impression toutefois est qu’on voit dans ces évènements que la démocratie ne fonctionne pas, que nous ne nous supportons mutuellement plus, et que la France, incapable d’accomplir un geste sans douleur, bout en même temps de rage et de violence. Ce pays est au cœur de ma vie, au cœur de mon cœur depuis si longtemps que je ne saurais dire quand il y est entré, mais je le vois aujourd’hui comme un organe qui se nécrose. A titre privé je suis très heureux, j’aime ma femme et mes deux enfants ; je possède le bel appartement où je vis ; mon travail présente au fond assez peu de difficultés et s’il m’apporte quelques soucis, il y a toujours des satisfactions. Un bon livre, un bel arbre, une bière belge suffisent à me réjouir. Mais j’ai presque honte de ce bonheur quand je sens, dans le même temps, que la France est si mal en point, la France à qui je crois devoir ce que j’ai de meilleur. Je voudrais faire quelque chose pour l’aider, et d’ailleurs c’est essentiellement ainsi que je concevais mon métier à l’origine, comme un hommage et un service que je rendais à cette bien-aimée. Et j’y crois encore ; parfois. Mais du reste je ne sais absolument plus quoi faire pour elle qui meurt sous mes yeux.