Quand j'ai connu la vérité, J'ai cru que c'était une amie ; Quand je l'ai comprise et sentie, J'en étais déjà dégoûté.
Mi-janvier 2010, toujours.
Devoirs communs, cinquième. Etude d'un texte sur l’immigration clandestine en Afrique du Sud. Beaucoup d'élèves ne comprenant pratiquement rien aux documents ni aux questions posées, tentent de répondre en piochant un peu au hasard dans les mots mis à leur disposition. On récolte assez de perles pour s'en faire un triple rang. Que d'huîtres ! Que d'huîtres.
Qu’est-ce qu’un immigré clandestin ?
« Une personne qui vient d’un autre pays, et qui demande de l’argent. » (Lamine Konaté)
« C’est quel’ qun qui vie de façon illégale. » (Lassana Mba)
« toute l'afrique. » (Jonathan Moravia)
« Un immigré clandestin est un pays qui fuit la pauvreté et l'instabilité de leur pays. » (Djo Pinto)
« Quelqu'un qui quitte son pays pour s'y installer et pour vendre, qui n'a pas l'identité française. » (Un ou une certaine Kodia)
Dans quelles conditions travaillent les clandestins ?
« Les clandestins travaillent dans des conditions appréciée et exploitée. » (Djo)
Quels sont les autres problèmes rencontrés en Afrique ?
« sécheresse et les moyens de contraceptions. » (Marilyne Lafleur)
« Il y a la contraception, la pauvreté et la faim. » (Lassana)
« Il y a : le manque des papiers, les enfants meurts de grave maladie, tros pauve pour acheter de la nourriture, beaucoups d'enfants sont malade. » (Oumarou Diawara)
Pouvez-vous citer une richesse ou un atout de l’Afrique ?
« Ils est facille pour eux de renvoyer les clandestins. » (Elisabeth Dulit)
« Elle s’est ouverte vers l’extérieur pour accueillir les autres un atout car il y a beaucoup de clandestin et immigrés. » (Brian Samak)
« En Afrique les gens sont généreux » (Mouhtarou Coulibaly)
« L'adout, cest que en afrique il font beaucoup d'enfants alors quen france il n'ent font pas beaucoup. » (Oumarou)
« L'Afrique à beaucoup de soleil si il aurait de l'eau Il pourrais faire pousser des légumes... » (Loana de Azevedo)
« Ils se reproduit très vite et ils acceptent un travail quelque soit le salaire. Ils ont de l'or et de l'ivoire. » (Marilyne Lafleur)
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Toutes les élites de France paraissent dégoûtées par le refus de la Conférence des Grandes écoles d’accueillir au sein desdites 30 % d’élèves boursiers. Richard Descoings parle d’une attitude antisociale ; le président des Jeunes socialistes, d’un scandale ; Alain Minc et François Pinault sont outrés. De mon côté, je n’aime pas du tout cette idée de préaffectation des postes. Il me semble que l’on ne devrait pas attribuer le titre d’énarque, de normalien ou de polytechnicien comme un logement en HLM.
Si le bon plaisir sarkozien impose cette mesure, il est douteux qu’on élargisse l’effectif des Grandes écoles : la création du quota « méritocrate banlieusard » réduira donc le nombre de postes accessibles par le concours normal ; et pour prendre un exemple que je connais bien, celui du concours A/L de Normale Sup, il n’y aura plus 75 places à prendre pour tous les khâgneux de France, mais 50 places normales et 25 places « boursières ». Les héritiers, ceux qui sont nés dans une bibliothèque, qui ont poursuivi leurs études dans les meilleurs établissements de centre-ville, qui ont intégré les meilleures prépas, les fils d’universitaires, de ministres ou de grands patrons, les fils de Minc ou de Pinault, eux n’auront pas grand-chose à craindre de cette modification des méthodes de recrutement : leur capital culturel leur permet d’arriver aux premières places des concours. En revanche, les rejetons des classes moyennes, ceux qui ont dû suer la grosse goutte pour acquérir un savoir et des compétences que leur entourage familial ne pouvait pas leur léguer, seront gravement pénalisés par l’arrivée massive des méritants estampillés. Moi, fils d’un représentant et d’une institutrice, j’avoue avoir intégré l’ENS en un rang fort médiocre ; si l’esprit de justice de M. Descoings s’était appliqué l’année de ma réussite au concours, j’aurais été recalé -et ç’aurait été le cas de beaucoup d’élèves ayant un profil similaire au mien.
A terme, on risque de voir les Grandes écoles ressembler de plus en plus, par leur recrutement, aux gouvernements récents : leurs effectifs comprendront une belle cohorte de fils et fille de, une bonne proportion de représentants de la diversité élus produits de l’année, et un nombre sans cesse décroissant de ce groupe social qui est le socle de la population française, c’est-à-dire les classes moyennes. Il y a quelque chose de vraiment exécrable dans cette façon dont le grand bourgeois donne la main à la petite beurette par-dessus la tête des trois quarts de la population, dont les aspirations à la plus élémentaire équité passent désormais pour un conservatisme coupable. C’est une détestable façon de rompre sans retour avec notre vieux et toujours efficace modèle d’intégration, celui qui s’accomplit en trois ou quatre générations : l’aïeul était manœuvre, le grand-père s’est mis à son compte, le père a intégré le cadre A de la fonction publique, le fils est cadre supérieur (tout le problème étant que ce fils pleinement intégré à la société française n’est plus perçu comme « divers », et que sa réussite individuelle n’est donc comptabilisée nulle part comme un succès du modèle français). C'est l'ascenseur social que réclament désormais à l'unisson le privilégié à principes et le défavorisé revendicatif : on entre dans la cabine, on appuie sur un bouton, l’ascenseur monte pour vous, on est arrivé.
Encore cette mesure ne concernera-t-elle qu’une petite minorité ; car quand quelques centaines de méritocrates, authentiques ou non, auront intégré les Grandes écoles, des centaines de milliers de frères, de cousins et de voisins resteront cloués à la médiocrité de leurs cités moches. Ils y resteront d’autant plus sûrement que l’outil qui aurait pu leur permettre d’effectuer un authentique progrès culturel et social, l’école, a été cassé par ceux-là même qui parlent aujourd’hui de quotas. Je pense aux élèves brillants que j’ai (ou que j’ai eu) dans mes classes : Habiba, Maïssa, Yasmine, Célina, Kévin, Fatimata, Léa ; Sarah, Aysun, Rosalineda, Asli, etc. L’éducation nationale devrait leur permettre de devenir des candidats crédibles aux différents concours d’entrée aux grandes écoles ; mais sauf miracle, ils ne le seront évidemment pas parce qu’ils auront passé leurs quatre années de collège dans des classes surchargées de petits cancres bruyants, où leur intelligence aura toujours été bridée, et où ils n’auront connu aucune autre émulation que celle que peut leur fournir un certain goût de l’excellence. Merci, collège unique ; merci, pédagogie moderne. In fine, on fera à ces jeunes l’aumône d’une place réservée, d’une admission sur quota. Y a-t-il plus élégante insulte que cette intention charitable ?
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En sixième, on parle de la notion d’identité ; on évoque donc les questions de nationalité. Karim me demande comment il se fait que lui, il n’ait jamais rencontré de vrai Français. Désignant une carte de l’Ile-de-France, je lui réponds qu’il en reste, là-bas, en Seine-et-Marne.
Contrôle sur la Grande-Bretagne. Yassine à son voisin Billy : "Ah ah ! T'as vu la faute ! Il a écrit Londres avec un S !" -Je leur pose pour finir une question dans la langue de David Beckham, qui se termine par la consigne : "Answer in English." Mais beaucoup d'élèves (qui font de l'anglais depuis trois ans) ne comprennent pas ces trois mots.
Tendances du schoolwear : la vague Baby Milo ne dégonfle pas (sweat de couleur unie et très vive, turquoise ou rose bonbon, avec à l'avant, un petit singe en paillettes brillantes. Pour les filles, possibilité d'ajouter un Hello Kitty ; pour les garçons, un Mario). De façon plus générale, les textes en anglais du type "University of Michigan 1956" cèdent du terrain sur les hauts, souvent remplacés par de gros motifs tels que Bob l'éponge ou une tête de petit chien en vraie peluche. Les maillots de foot ont disparu en raison des rigueurs de l'hiver, mais on peut prévoir qu'ils réapparaîtront au moment de la CAN. Les survêtements, en revanche, sont toujours là en grand nombre, ce qui est lié soit au peu de choix qu'offre la garde-robe de bien des élèves, soit à leur goût pour des vêtements amples, légers et confortables, que l'on peut mettre en toute saison. Ainsi Samir Arroughi portait-t-il aujourd'hui un sweat à capuche orange minium sous une veste de survêt' Adidas, avec un pantalon de même marque dont les trois bandes très vives rappelaient la couleur de son haut. Chapkas (pour lui) et protège-oreilles en moumoute (pour elle) supplantent les bonnets péruviens et les casquettes ; les grosses doudounes en plastoc noir brillant se multiplient. Assez nette et à mon sens regrettable augmentation des piercings faciaux. Les cheveux partiellement tondus en motifs abstraits (plus rarement figuratifs) résistent bien, tandis que la crête tecktonik semble bien passée de mode.
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A la cantine, Mmes Mondésy, Somma, Lormont et Effelly parlent sexe assez crûment (je ne le savais pas quand je suis allé m'asseoir à côté d'elles) (si, c'est vrai). Elles rigolent comme de petites folles. Mon arrivée n'interrompt pas leur conversation, ce qui semble indiquer que mon statut d'eunuque marié a été clairement acté. Elisabeth Lormont, la plus excitée du lot, raconte qu'elle a un jour tenté d'expliquer à ses élèves la différence entre viol et agression sexuelle, cette différence étant la pénétration. Et comment c'est possible, alors, qu'on accuse des pédophiles de viol sur des petits garçons ? demande subtilement une élève. Eh bien, rétorque la professeure d'histoire-géo dans sa fureur d'enseigner, il existe différentes sortes de pénétration : non seulement vaginale, mais aussi buccale et anale. Ce mot évoquant en elle un écho, la même élève choisit alors de s'éloigner du sujet pour faire part de son dégoût à l'égard des pédés, tandis que ses camarades poussent des exclamations d'amusement et de scandale : haaaaaan ! Mme Lormont, ne se laissant pas démonter, dit alors trois choses. Primo, vu ce que je lis parfois dans les petits papiers que j'intercepte, c'est pas la peine de faire les sainte-nitouche. Deuxio, un peu de tolérance, ça vous ferait pas de mal, merde. Et troizio, la pénétration anale, c'est pas réservé aux hommes homosexuels. -Et Elodie Somma, avec son adorable voix frêle et innocente, ponctue le récit : "Réfléchissez-y pour plus tard, les filles, y'a des choix à faire." Éclats de rire.
Je me demande laquelle ou lesquelles des quatre se sont déjà laissées faire ? Tandis que j'écris ces lignes, Rose Effelly est à trois mètres de moi. Je la regarde. Elle porte une jupe à large bordure rouge.