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23 novembre 2011 3 23 /11 /novembre /2011 22:46

Mon fils Louis est aux Acrochats (centre commercial de Thiais village) pour l'anniversaire d’un de ses copains. Douze invités, tous des garçons. Sur leur site Internet, les Acrochats se décrivent, dans une formule d’une laideur singulière, comme « un grand espace thématisé d’aventures, de jeux et de célébrations, climatisé et sécurisé, dédié aux enfants de 0 à 12 ans ».

Ma femme observe le paradoxe qu'il y a à faire vingt minutes de voiture pour nous retrouver alors que nous sommes tous voisins ; cela, en plus, pour gagner un endroit bien conçu mais très impersonnel. -La fonctionnalité des voies rapides, du vaste parking, du centre commercial où l'on peut aller s'acheter des meubles Ikea pendant que les enfants font des galipettes ou jouent à casse-briques dans l'espace qui leur est dévolu, tout ça est à la fois apaisant et anxiogène ; parce que dans ce contexte, on est soi-même réduit à une fonction (automobiliste, client, parent fatigué). Par ailleurs, il y a beaucoup de monde : je suis sidéré de voir l'importance du trafic, et le taux de remplissage du parking, et l'occupation bruyante du grand bâtiment, alors que nous sommes un dimanche matin de la mi-janvier. L'un des ressorts, peut-être, de la surprenante floraison contemporaine de fictions et d'essais sur une fin du monde prochaine est le désir d'en finir avec la promiscuité forcée qui marque l'existence de la plupart d'entre nous. Il y a trop de gens. Mes voisins font du bruit, le métro est bondé, le collège dégorge d'une multitude d'enfants et d'adultes ; tout paraît surpeuplé, y compris mon esprit où j'aimerais que traînent moins de noms, moins de dossiers individuels. A la fin des Derniers jours du monde, de Dominique Noguez, le sort du narrateur m'a paru presque enviable : survivant isolé de catastrophes multiples à Saint-Benoît-sur-Loire, avec une grande bibliothèque et des provisions en quantité ; par un bel été. Je pense moi-même à des vacances indéfinies dans une maison du centre dépeuplé de la France, sans télé, sans connexion Internet, avec juste une petite radio, des livres, un clavier et des sentiers de randonnée ; et des meubles uniques, fabriqués par un menuisier du coin, des meubles bancals et beaux, pas des Leksviks made in the PRC. Un temps, un lieu où je ne sois assigné à rien de particulier, où je puisse de nouveau me sentir unique parmi des objets eux-mêmes prototypes. Et la solitude, pleine solitude. Utopie privée.  

 

Le béton, le plastique, l'acier, le verre dessinent des formes efficaces et rassurantes ; mais ce qui me fait rêver, et de plus en plus l'âge venant, c'est la gratuité de la nature, l'étang, le bosquet, un ciel de Flandre.

 

*   *   *   *   *

 

Visite au collège des Jeunes ambassadeurs de la Défenseure des enfants (si si, ça existe). Les élèves de la 5° G me font honneur en plaçant les intervenants devant les contradiction de leur discours politiquement correct ou en répondant de façon stupide à des questions pires.

 

« Si je fais un mètre cinquante, est-ce que je peux faire du basket ? » Oui, bien sûr, puisque « on a droit à l'éducation et aux loisirs », c'est l'un des douze droits de l'enfant. Mais -objecte le petit Michael- dans les clubs ils te disent que tu dois avoir une taille minimale. C'est une discrimination, répond sans ciller le Jeune ambassadeur, avant de redonner la parole à la salle pour vérifier que la leçon a été apprise : alors, puis-je faire du basket même si je suis de petite taille ? Oui, répond Mohamed Medi, mais y faut mettre des grandes chaussures.

 

« Est-ce qu'un enfant d'ouvrier peut-il être avocat ? » (Oui, peut-il ?) Réponses spontanées des élèves : « Et s'il a pas envie ? » « S'il est pas fort à l'école ? » « Et les études, elles sont chères. » « Et puis y va être mal vu. ‘Ouais, son père, il est ouvrier.’ » « Y peut choisir. » Reprise : bien sûr qu'il peut. C'est l'égalité des chances.

 

« Des parents peuvent-ils adopter un enfant qui n'est pas de la même couleur qu'eux ? » Oui pasque sinon c'est du racisme, y faut accepter les différences (je ne me souviens plus exactement s'il s'agit de la réponse des élèves ou de celle des Zambassadeurs ; je pense qu’on était arrivé sur cette question à un véritable consensus).

 

« Peut-on se moquer de moi parce que je suis homosexuel ? » « Un homosexuel, c'est quelqu'un qui a été rejeté par les femmes alors après il aime que les hommes. » « C'est pas bien, c'est sale. » « Y'a des pays où c'est la peine de mort. -Ouais, peut-être, je sais pas, après chacun a son opinion là-dessus » (dixit le Jeune ambassadeur, courageusement). Mohamed : « Mais si c'était leurs enfants qui étaient comme ça ? Ça les dégoûterait trop ». -Elvire : « Mais non, on les aimerait quand même. 

 

« Émilie peut-elle devenir plombier ou maçon ?

-Non, c'est une femme.

-Alors qu'est-ce qu'elle va faire ?

-Femme de ménage...

-Ah ah ah !

-Ou directrice !

-Alors toi ta femme elle va forcément être femme de ménage ou directrice ?

-Non, c'est une discrimination.

-Pourquoi ?

-Ben elle a pas fait exprès d'être une femme. »

 

Mais pour illustrer le thème des disciminations misosynes, les intervenants vont prendre un exemple... dans la communauté des gens du voyage.

 

*   *   *   *   *

 

Contrôle sur la Grande-Bretagne avec ma classe de quatrième (moyenne générale : 7,2/20).

Quel est le régime politique du Royaume-Uni ? « ils sont riche mais la politique est grave. » (Amine)

Autrefois, la Grande-Bretagne était un pays industriel. Et aujourd'hui ? « oui et aujourd'hui peut être. » (Amine)

En quoi l'économie britannique se distingue-t-elle de la française ? « Avec un train sous l'eau » (Slimane). « Déja en France il y a plus d'impôt quand France. » (Willy)

Qu'est-ce qu'un pays noir ? Est-ce une région riche ou pauvre ? « Un pays noir et d'un pays ou lon Travaille sans étre déclarer » (Samir). « C'est un pays ou il y a des noirs mais pas que est ce sont des pauvres. » (Manon)

Après un texte sur les émeutes de 2001 : Des évènements comme ceux de Bradford sont-ils possibles en France ? « N'en car il y a des policier partous. » (Samir) « Non, se n'est pas possible en France car la France n'est pas un pays qui font la guerre. » (Sabrina) « Non, car le racisme est interdit par la loi » (Salaheddine).

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Published by Ali Devine - dans Souvenirs - souvenirs
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commentaires

sofiya 06/01/2012 07:59


Si tentation il y a c'est qu'envie il y a....

Ali Devine 06/01/2012 12:26



Pas faux.



Sofiya 07/12/2011 18:55


Bonsoir,


Overdose d'EN alors j'ai pris la clef des champs: avec mon compagnon dans une ferme du Beaujolais, trente vaches, deux chiens, deux chats, des meubles chinés, pas de télé '(mais internet), la
radio sur France Inter, le silence, les livres, l'écriture, le potager, du thé et du café, Springsteen et Sinatra...


Sautez le pas. Sans hésitation.

Ali Devine 05/01/2012 15:20



Tentatrice.



D'Enguell 26/11/2011 19:42


Oui, trop de gens. J'espère tout de même que vous n'imaginez pas une retraite prototypale comme forcément juxtaposée à une grande catastrophe, il y a réellement en France de l'intérieur des
endroits oubliés des baignassous et des randonneurs en troupeaux, presque oubliés de la DDE et des services fiscaux (mais pas tout à fait).


Ils sont pour la plupart dans les départements qui ne figurent pas sur la liste suivante : http://sig.ville.gouv.fr/Atlas/ZUS/


(Hautes-Alpes, Ariège, Lot, Lozère, etc)


Bien à vous

Ali Devine 27/11/2011 10:43



Chère D'Enguell, j'ai longuement rêvé sur la page que vous indiquez, en raison des noms parfois incroyablement bucoliques des quartchés sensib qui y sont énumérés : Le Pont des Chèvres,
Reyssouze, Moulin Roux, Pré Gené, Fontbouillant, Port Charmeil, Le Pigeonnier, Barbejas, Saint Augustin... C'est à la fois amusant et tragique. C'est amusant parce qu'on se demande à quoi peuvent
bien ressembler les racailles du quartier des Avignonnets, à Saint-Claude (Jura). C'est tragique parce cette toponymie dit mieux que tout la submesrion de la France d'avant. Il y aurait de quoi
en faire un article...


En fait, l'idée de la "grande catastrophe" me plaît, peut-être parce qu'elle mettrait un terme abrupt à la catastrophe lente que nous sommes en train de vivre, peut-être aussi par déformation
littéraire et cinématographique. Mais bon, je vous rassure, je sais qu'elle n'aura pas lieu.