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9 avril 2012 1 09 /04 /avril /2012 00:23

Nous arrivons en retard et l’église est déjà pleine, si pleine que des centaines de personnes se tiennent debout devant l’entrée. La nuit est douce et chargée de parfums. La psalmodie de l’officiant, le chant du chœur nous parviennent par bouffées. Mais la chair est faible et les discussions de l’assemblée sont absolument profanes sous le ciel étoilé. Je ne maîtrise pas encore assez la langue pour tout comprendre mais je saisis au vol qu’on échange des nouvelles, la famille, le travail ; on parle aussi beaucoup des plats préparés, on les savoure à l’avance après ce long jeûne tenu. De nouveaux fidèles arrivent à chaque minute, on se reconnaît dans la pénombre, le bruit des conversations enfle. Un rire éclate de temps en temps. Il se fait tard.

Mais soudain, les cloches sonnent à toute volée. Un cri dans l’église : « Le Christ est ressuscité ! » Mille voix répondent : « En vérité il est ressuscité ». Le feu tombé comme une foudre illumine d’abord les visages des pécheurs ponctuels rassemblés dans la nef, sur l’iconostase ceux de l’armée des anges ; puis passé de main en main il incendie la foule obscure du parvis. J’ai ma bougie moi aussi et je reçois ma part de flamme.

Je suis le mouvement de tous. Un maladroit me brûle une mèche de cheveux. Les arbres sont beaux, tout chargés de fleurs. Les tombes serrées sont disparates le long des petites allées de terre. Des chiens nombreux et des mendiants sont venus au spectacle. Je regrette que les cimetières d’Occident soient si ordonnés et si froidement minéraux.

Avec une affection infinie, les chrétiens portent à leurs morts le feu de la résurrection. Cette nuit, il n’y a pas de nuit.

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